Triangles

Nous avons testé le jeu Avenir 20XX.

Publié le 8 août 2022

Nous avons reçu en mars, un message de Yann Saint-Clair, un designer qui intervient dans la région nantaise. Il avait découvert par hasard le Jeu Avenir 20XX et il se posait des questions par rapport aux possibilités d’acquérir des boites de jeu prêtes à l’emploi, ainsi que sur les différentes modalités de jeu . Nous sommes entrés en contact avec et l’avons encouragé à télécharger le jeu et à le tester par lui même. Cela nous a permis d’avoir un véritable beta-testeur pour partager avec nous l’expérience réelle et complète de la mise en place du jeu sans accompagnement de notre part. Yann a bien voulu répondre à nos questions, vous trouverez ci-dessous son témoignage.

Comment êtes-vous arrivés à Avenir 20XX ? Qu’est ce qui vous a intéressé dans le projet ?

Nous sommes arrivés au jeu en deux temps :
La première fois fin 2019, c’est un peu par hasard que nous avons découvert le jeu via un article d’Orange qui annonçait sa sortie. À l’époque, nous ne connaissions pas bien la prospective mais nous nous intéressions aux questions d’imaginaires liés aux futurs. Nous avons trouvé très intéressante l’idée de pouvoir se projeter de façon ludique et de confronter les imaginaires. De plus, le projet était en licence Creative Commons, cela nous a rassurés sur la possibilité de le tester de notre côté. Finalement, le covid a frappé avant que nous ayons pris le temps de demander l’accès au jeu et nous avons mis de côté ce projet.
Entre-temps, Emmanuel a passé un Master en prospective au Cnam de Nantes. Après avoir fini cette formation fin 2021, nous nous sommes interrogés sur comment rendre plus accessible la prospective. La prospective est une discipline assez peu connue et pour les personnes qui ne la connaissent pas bien, la prospective “classique” peut parfois paraître opaque et réservée aux spécialistes.
La seconde fois, c’est en cherchant comment faire la médiation de la démarche prospective que nous sommes revenus vers Avenir 20XX. Entre la découverte du jeu en 2019 et sa redécouverte, le jeu a eu son propre site, ce qui permettait de l’obtenir très facilement.

Qu’est ce qui vous a motivé à vouloir tester l’outil ?

Tout d’abord, le principe du dispositif nous a tout de suite intéressés. Le fait qu’il soit disponible facilement, en licence libre et qu’il nécessite peu de matériel nous a vraiment incités à passer à l’action pour l’essayer. Nous avons donc rapidement pu organiser notre première session de découverte de l’outil pour pouvoir confronter le contenu théorique du dispositif à un groupe de néophytes.
Nous étions dans une démarche exploratoire où nous nous sommes intéressés à toutes sortes de dispositifs en rapport avec la prospective. Nous voulions les tester et les étudier pour voir les dynamiques que créaient les différents outils ainsi que les partis-pris choisis.

Comment s’est passé le téléchargement?

Comme nous l’avons déjà mentionné, le jeu est désormais librement accessible sur un site dédié. Il a été assez simple de trouver les liens et de télécharger les nombreux fichiers qui composent le jeu. Il nous a fallu beaucoup plus de temps et d’énergie pour imprimer et découper le jeu.

Dans quel cadre avez fait le test ? avec quel participants ? un objectif particulier, etc…

En réalité, nous avons fait deux tests, le premier en petit comité pour avoir un premier contact avec le jeu, son contenu, son déroulement général. Nous ne voulions pas passer à un test plus grand sans avoir préalablement découvert et maitrisé le contenu du jeu.
Pour le second, nous avons réuni une dizaine de personnes pour pouvoir constituer deux tables de jeu et jouer en condition réelles avec un groupe varié. En effet, l’échantillon était constitué de personnes travaillant dans des domaines aussi divers que l’informatique, le soin ou encore l’éthique.
Notre objectif était triple : faire découvrir les enjeux de la prospective à des néophytes, observer la manière dont le dispositif allait être accueilli et étudier les dynamiques que l’outil allait créer.
Les deux parties se sont déroulées dans un cadre informel en testant le premier mode de jeu. En effet, c’est le mode consacré à l’exploration du dispositif, ce qui nous paraissait être l’approche la plus pertinente pour débuter.

Comment s’est passé la compréhension et l’appropriation des différents  éléments du jeu ? votre avis, ce que vous avez apprécié ? ce qui vous semble à améliorer ? les difficultés rencontrées ?

out d’abord, pendant la préparation de la partie, nous avons eu des difficultés pour articuler les différents éléments de jeu. En effet, le volume du contenu et les différents modes créent quelques frictions dans l’appropriation du contenu. Néanmoins, le code couleur et les icônes permettent de surmonter ces difficultés de préparation.
Ensuite, pendant le déroulement d’une partie, le volume de contenu demande des connaissances extensives dans une pluralité de domaines. Il est donc impératif que les animateurs soient qualifiés pour qu’ils puissent faire la médiation du contenu et répondre à toutes les interrogations des participants à propos des divers sujets abordés par les lignes de fracture et les leviers de transformation.
Les instructions de jeu sont claires et précises et aident la facilitation. Par contre, les indications de temps sont sous-évaluées. Dans les deux tests que nous avons faits, nous avons systématiquement doublé le temps pour chaque étape.
La gestion du temps a été pour nous le point le plus difficile. Il faut trouver le juste équilibre entre une animation très active pour rythmer le processus et un laisser-faire pour que les participants puissent prendre le temps d’explorer le contenu. Lors de notre deuxième partie, nous avons pris beaucoup de retard sur la phase de découverte du contenu et avons dû écourter la phase d’histoire et de contre-histoire.

Quelles ont été les résultats de ce test ? À quel résultat êtes-vous parvenu ?

Ces tests ont été plutôt concluants et nous en sommes satisfaits. Cela nous a convaincus de la pertinence de ce type de format pour faire la médiation de la prospective.
Nous avons reçu de nombreux retours intéressants et pertinents pour améliorer la facilitation de l’exercice pour la réalisation d’autres parties.
Le dispositif a été très bien accueilli pendant les deux parties. De manière générale, la prospective et ses enjeux ont beaucoup intéressé les participants qui ont manifesté leur envie d’en voir davantage.

Finalement Quel est votre point de vue sur le jeu Avenir 20XX ? et celui des participants ?

L’abondance de contenu, notamment les cartes levier de transformation, a marqué l’ensemble des participants. D’un côté, cela constitue une richesse, mais aussi un vecteur de frustration, car certains joueurs auraient aimé plus de temps pour tout explorer. De l’autre côté, cette abondance de contenu a eu un effet intimidant.
Les participants n’ont pas tous le même niveau de connaissance des concepts abordés dans le dispositif. La facilité de compréhension du contenu était donc variable en fonction des profils. Pour certains, comprendre et choisir les leviers de transformation était un exercice en soi. En effet, certaines nuances ont été jugées subtiles pour certains joueurs, ces hésitations ont rajouté dans la friction dans la sélection des leviers de transformation et des lignes de fracture. L’avantage est que cela a nécessairement créé de la discussion et de l’échange pour créer de l’alignement et du consensus. En fonction du niveau du groupe, cela peut être une phase difficile.
Nous avons pu observer un clivage marqué au niveau des participants, une partie était davantage intéressée par le contenu factuel et conceptuel de la première phase et la seconde partie était intéressée par l’aspect créatif et imaginatif de la seconde phase.
Néanmoins, la deuxième phase a été perçue comme plutôt difficile par les joueurs avec le moins de bagages culturels sur les enjeux du dispositif. Pour eux, créer des scénarios cohérents et probables a été difficile. Le manque de confiance en leurs connaissances personnelles et la liberté de l’exercice ont inhibé leur capacité à s’approprier l’exercice. Il faudrait contraindre ou guider davantage cette phase pour réduire les hésitations et les frictions.
La plupart des joueurs nous ont également fait part de leur volonté d’avoir plus de contenu en rapport avec l’organisation sociale et ses aspects normatifs pour rajouter de la profondeur au dispositif.
De notre côté, nous pensons qu’il serait pertinent de rendre plus explicite la matérialisation des rapports de forces ainsi que les contraintes structurelles qui s’exercent sur les différents acteurs lors de la création de scénarios.

Pensez-vous aller plus loin avec cet outil ? Comment ?

Nous aimerions, oui. Nous réfléchissons actuellement à l’organisation de nouvelles parties sur un thème particulier ainsi que d’essayer les autres modes de jeu, notamment le mode bataille d’histoires. Nous aimerions éventuellement créer de nouveaux contenus diégétiques à utiliser avec le dispositif ainsi que d’inclure des composantes sociales, politiques et idéologiques.

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